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Dossier

Nanashi no Game

Nanashi no Game
Le jeu sans nom
La Nintendo DS semble permettre à Square Enix de retrouver une certaine fraîcheur et l’audace d’avant la fusion entre les deux cadors du RPG. On avait eu droit il y a quelques mois au très dynamique The World Ends With You, et aujourd’hui on nous promet monts et merveilles avec ce Nanashi no Game à l’énorme potentiel. Il s’agit ce coup-ci d’un Survival Horror en vue subjective dans lequel des jeunes étudiants meurent subitement après avoir joué à un RPG sans nom. Il va donc falloir mener l’enquête. Façon Ring.

Nanashi no Game fait très clairement écho à cette série de roman de Kôji Suzuki plus connus pourtant pour son adaptation au cinéma de Hideo Nakata. Dans Ring, Une vidéo maudite provoquait la mort une semaine après l’avoir regardé. Dans Nanashi no Game, c’est un jeu vidéo qui plonge en abîme les joueurs de ce RPG sans nom. Mélange de Survival Horror et de roman interactif, ce nouveau meta-game tout en 3D de Square Enix tente une approche potentiellement sans pareil.

Le premier jeu maudit de l’histoire ?

A la base de cette histoire de fou, on trouve un RPG 8 bits somme toute très classique, à l’allure d’un Dragon Quest premier du nom. Développé par Utasoft, ce jeu vidéo est alors sur le point de sortir officiellement sur TS, une console de jeu portable avec laquelle les joueurs peuvent télécharger des programmes venant d’autres joueurs ou recevoir des e-mails. A la rigueur, tout aurait pu s’arrêter là. Pourtant, un tragique incident a lieu à Utasoft : la fille et la mère de Monsieur Ikuta (alors programmeur du dit jeu) sont assassinés et les locaux d’Utasoft sont réduits en fumée par un incendie incontrôlable. Dès lors, les possesseurs de TS reçoivent mystérieusement le fameux jeu et les joueurs passionnés qui se lancent dans l’aventure semblent mourir dans les 7 jours qui suivent...
Votre ami Odaka vous a envoyé un étrange jeu qui est soi-disant exceptionnel. La petite amie d’Odaka est d’ailleurs très inquiète, son chéri joue au jeu depuis 6 jours et ne semble pas vouloir s’arrêter, quitte à sécher les cours. A vous d’aller rendre visite à Odaka dans son appartement et voir de quoi il retourne, quitte à devoir lancer le jeu hanté pour percer à jour ses mystères, à vos risques et périls.

A mi-chemin entre plusieurs genres.

Nanashi no Game se présente comme un Survival Horror en vue subjective et tout en 3D. Pourtant il s’agit plutôt d’un Escape Game (typé Hellnight ou Clock Tower) puisque le joueur n’est jamais armé et doit constamment fuir les rencontres avec l’ennemi. Au moindre accrochage, c’est le Game Over assuré.
Le jeu se déroule de manière atypique. Chaque chapitre s’ouvre sur une phase de jeu textuelle où l’histoire y est racontée. Entrecoupées de jolis fonds d’écran, ces phases rappellent les premiers romans interactifs horrifiques tel que le célèbre Kamaitachi no Yoru de Chunsoft, Sound Novel qui donna ses lettres de noblesse au genre. On découvre dans ces phases de texte un scénario plutôt pessimiste mais bien tourné, qui met en place la phase de jeu qui suivra. On pénètre alors pour de bon dans l’ambiance angoissante de Nanashi no Game lorsque l’on doit visiter les premiers lieux du jeu. Ils donnent d’ailleurs le ton : appartement mis sans dessus dessous, hôpital désaffecté, tunnel étroit, jusqu’au cliché de la maison hanté. Ce qui est sûr c’est que tous les codes du genre sont respectés pour provoquer une peur constante. Les ennemis de Nanashi no Game sont de simples zombis ou esprits de personnes décédées qui hantent alors les lieux. La mise en abîme est des plus réussies, et les diverses conditions pour provoquer la peur sont là encore sans concessions. Nanashi no Game brasse tous les poncifs du genre. Les zombis apparaissent grâce à une mise en scène bienvenue, et Square Enix oblige, grâce à diverses cinématiques. On se surprendra régulièrement à sursauter lorsque l’esprit d’une mariée tombera du plafond ou qu’un drôle de sac à patates remuera de manière surréaliste. Si les diverses scènes ne sortent pas des sentiers battus (tous les clichés du film d’horreur japonais sont ici présents), les bruitages très réalistes font leur boulot, tant est si bien qu’on ne se doutait pas qu’un jeu d’horreur sur une console portable puisse faire cet effet : on a peur !
Pourtant, c’est une fois l’ennemi découvert que Nanashi no Game montre son vrai visage. Puisqu’on ne pourra pas le combattre, il faudra filer à l’anglaise et se réfugier dans une salle annexe afin d’échapper à l’horreur. C’est à ce moment que la mélancolique mélodie du jeu hanté se mettra à résonner de votre TS ; en lançant le jeu sans nom, on se retrouve dans la même situation que dans le jeu réel. Malgré la perte d’une dimension, le jeu sans nom et le vrai jeu sont liés : échapper au fantôme dans le jeu hanté permet d’échapper au zombie dans le jeu réel, et ainsi de pouvoir continuer l’aventure. La réflexion fait alors un pas en avant : comment ce fait-il que les actes accomplis dans le jeu maudit se répercutent dans le jeu réel (censé représenter la véritable vie) ?

Exploit technique ?

Square Enix maîtrise son sujet : Nanashi no Game possède probablement le meilleur moteur graphique 3D de la DS. D’habitude la 3D sur DS se contente d’être minimaliste, en ne prenant jamais son rôle au sérieux. Nanashi no Game nous propose lui de véritables environnements que l’on pourra observer dans tous les sens grâce à la vue subjective, à contrario des Etrian Odyssey et consorts qui sont en 3D sur rail. La 3D dans Nanashi no Game exploite en plus les 2 écrans et profite alors d’une vue panoramique (on tiendra la DS en position horizontale pour avoir les 2 écrans de la gauche vers la droite) dans laquelle on peut bouger la caméra à sa guise grâce au stylet. Le moteur graphique est en vérité simplement très intelligemment utilisé. Les textures se répètent énormément dans des environnements étroits. Il n’y a aucuns éléments superposés à l’écran (pas de mini-carte, pas de personnages, pas de barre de vie) et la fluidité est au finale toute relative car le jeu tourne à seulement 30 images par seconde. Mais l’optimisation est excellente et le jeu impressionne sans cesse.

No name no game

Pourtant, malgré toutes ses qualités graphiques et ses idées lumineuses, Nanashi no Game peine à convaincre réellement. Il devient vite trop répétitif. Les actions à accomplir sont toujours les mêmes, les lieux sont en permanence excessivement étroits et possèdent de nombreuses portes qui resteront fermées ou inaccessibles. La maniabilité est également un des gros soucis de Nanashi no Game, puisque le personnage qui marche extrêmement lentement a du mal à se retourner efficacement pour échapper aux zombis de manière naturelle. Le plus fâcheux reste le fait que les idées pourtant potentiellement excellentes ne sont malheureusement pas assez exploitées ou mal exécutées. Nanashi no Game donne plutôt l’image d’un mini-jeu digne d’un épisode pris au hasard de la série des Simple DS (gamme de jeux DS à bas prix, souvent pleins d’idées mais programmés avec les pieds) plutôt qu’à un blockbuster signé Square Enix.

Même si l’on n’attendait pas forcément grand chose de ce Nanashi no Game un peu perdu face à la masse de remake à la hype sévère, on est malgré tout déçu. Déçu de tant de bonnes idées gâchées, déçu par la rigidité du gameplay, et finalement déçu aussi de la linéarité de l’aventure. Il reste tout de même un scénario travaillé et une réflexion intéressante sur le jeu vidéo en tant que référence pour lui-même, et l’univers horrifique façon Ring séduit implacablement.

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29/10/2008
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