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Dossier

Chroniques du J-RPG : le marché portable, ambassadeur actuel

Du remake à la sauce portage

Comme on l’indiquait juste avant et dans le précédent article, le marché du J-RPG et plus globalement du jeu japonais, a basculé sur portable, faisant des cours de récré et des transports en commun the place to be pour aller tâter du dragon. Ce qui suit est une des importantes causes de ce revirement.

Afin d’attirer le quidam curieux et appâter même les vieux routards du jeu de rôle, les éditeurs tiers au service de Nintendo et Sony ont recours au même stratagème : le remake ou le portage. L’avantage du remake/portage sur portables est multiple. Les développeurs japonais de RPG, de manière générale plutôt modestes, peuvent à moindres coûts (l’investissement est de toute évidence moins important que sur consoles de salon*) développer un jeu qui jouis déjà d’une certaine popularité. En plus de cela, nul besoin de réembaucher tout un staff artistique et créatif, une simple équipe de développeurs suffit pour faire les ajustements. Pour mieux appréhender le phénomène « remake », un petit peu de statistiques ne pourra pas faire de mal ici.

* L’industrie vidéo-ludique est extrêmement opaque sur les budgets qu’elle alloue aux jeux vidéo et sur les recettes qu’elle engendre, contrairement à l’industrie du cinéma. Il est donc compliqué d’obtenir des chiffres exacts. A titre d’information et après quelques recherches, les rumeurs les plus persistantes veulent que Final Fantasy XIII ait coûté entre 80 et 120 millions de dollars (un des jeux les plus chers de l’histoire) tandis qu’Infinite Space (DS) aurait couté quelques millions de dollars (largement en dessous de la dizaine).Final Fantasy XII quant à lui tournerait autour des 50 millions.


Comme on le constate nettement ici, le marché du remake a subi un boom, passant d’une vingtaine de softs sur la sixième génération à plus d’une centaine sur la génération actuelle. Mais plus que le chiffre, l’impression qu’ont certaines personnes d’être submergées de remakes dans tous les sens tient également au ratio que ces titres représentent actuellement dans la production portable du J-RPG. Sur le combo des deux portables, plus de 20% des jeux sont soit des remakes, soit des portages ou bien des compilations. On atteint le chiffre presque hallucinant de 30% sur la PSP seule. Mieux, si l’on ne compte que les J-RPG localisés en occident sur la petite de Sony, le nombre s’élève à 36%. Est-ce cependant là un chiffre symptomatique du fléchissement de la proportion des nouvelles licences sur le marché nomade ? Et bien non, en plus de maintenir le pourcentage d’environ 30% de nouvelles licences sur le marché portable, avec la prise d’ampleur du marché, ce sont de plus en plus de J-RPG bien frais qui nous parviennent. Pour tout dire, 38% des J-RPG qui nous parviennent en occident sur DS et PSP consistent en de nouvelles licences, soit 66 titres sur 174 localisés. A mettre en contraste avec les 26% et les 17 titres de la génération dernière.

Voyons un peu comment tout cela se traduit dans le détail :

Développeurs Square Enix Falcom Koei Nippon Ichi Software Idea Factory Atlus
J-RPG PSP 12 20 14 10 7 7
J-RPG PSP localisés 10 9 0 5 5 3
J-RPG DS 21 3 10 2 3 8
J-RPG DS localisés 11 3 1 2 1 7
J-RPG PSP+DS 33 23 24 12 10 15
J-RPG PSP+DS localisés 21 12 1 7 6 10
Moyenne Legendra PSP 3,72/5 sur 11 notés 3,48/5 sur 14 notés - 3,83/5 sur 3 notés 2,95/5 sur 5 notés 4,5/5 sur 5 notés
Moyenne Legendra DS 3,48/5 sur 14 notés 3,1/5 sur 3 notés 3,5/5 sur 1 noté 3/5 sur 2 notés 2,5/5 sur 1 noté 4,25/5 sur 7 notés
Remake/Portage/Compilation PSP 6 11 7 5 6 6
Remake/Portage/Compilation DS 8 1 1 2 0 0
Remake/Portage/Compilation 14 12 8 7 6 6
Nouvelles licences DS 4 0 0 0 2 3
Nouvelles licences DS localisées 1 0 0 0 0 2
Nouvelles licences PSP 0 1 0 3 0 0
Nouvelles licences PSP localisées 0 1 0 1 0 0
Nouvelles licences 4 1 0 3 2 3
Nouvelles licences localisées 1 1 0 1 0 2

Ne vous inquiétez pas, beaucoup de chiffres pour pas grand-chose au final. Ici sont regroupés les six développeurs qui ont le plus usé du remake ou du portage sur DS et PSP. Sans grande surprise on retrouve Square Enix en tête de liste, suivi de près par Falcom et ses sempiternels Ys et Legend of Heroes. Ces deux studios ont toutefois le mérite de localiser quelque peu, ce qui n’est pas forcément le cas de Koei (Nobunaga no Yabou), qui garde jalousement ses softs au Japon. Derrière suit la trinité NIS, Idea Factory et Atlus qui cumulent à eux trois 19 remakes dont 17 sur PSP, un joli score.

Mais là n’est pas le plus intéressant. Arrêtons-nous quelques instants sur le taux de réinvestissement de « l’argent facile », fait avec les remakes, dans les nouvelles licences. Cela nous donne quelque chose dans ce style-là :


Comprenez ici que, par exemple, pour 3,5 remakes de J-RPG, Square Enix développe une nouvelle licence. Ainsi on peut présumer, grossomodo (c’est en réalité bien plus complexe), que Square Enix réinvestit son argent facile tous les 3,5 portages/remakes sur portables, ou que tout du moins, c’est le ratio qu’il entend tenir sur le support. Ainsi, voir le plus gros studio de J-RPG nécessiter une bouée de secours aussi large peut amener à se poser des questions sur la fébrilité du marché. Même si de façon générale le genre de la boite est de tenter de nouveaux concepts avec de nouvelles licences (The World Ends With You, The Last Remnant) et donc de prendre quelques risques, la marge qu’il s’accorde peut sembler bien large. Des studios plus modestes comme NIS ou Atlus ont un ratio plus risqué, mais innovent moins dans leurs productions, réputées assez classiques, s’assurant ainsi les grâces d’un public déjà acquis à leur cause. Falcom et Koei sont quant à eux l’antithèse de l’investissement. Le premier n’a réinvesti que pour une seule licence, sur PSP (Gurumin, et encore, le soft était au préalable sorti sur PC), et le second n’a même pas daigné sortir le nez des Romance of the Three Kingdoms et Nobunaga no Yabou. Dans ces cas-là, plus que de la crainte vis-à-vis du marché, il semble que ça soit la routine qui se soit installée, ces boîtes étant habituées à sortir à tour de bras des softs qui reposent sur des rouages et des histoires similaires. On aurait donc pu croire que ceux qui fournissaient le plus de remakes étaient les plus généreux en grosses nouvelles licences, mais c’est loin d’être le cas.

Toutefois ces remakes, même s’ils ne permettent pas la création de licences flambant neuves, constituent également un moyen de financer les campagnes de communication autour des gros hits des boites. Square Enix a par exemple fait coïncider, à deux jours près, la date de sortie de son Kingdom Hearts Re : Coded au Japon avec la sortie internationale de Final Fantasy : The 4 Heroes of Light, très probablement afin de couvrir ses arrières. Qui plus est pour ce titre qui affiche une identité visuelle marquée et ne peut se démarquer par sa superbe technique (support oblige ?), l’éditeur-développeur se voyait obligé de mettre le paquet dans sa communication pour saturer l’espace public et ne pas passer à la trappe. Le titre en lui-même n’a manifestement pas coûté énormément (graphismes assez simples, moteur déjà maitrisé et maintes fois utilisé, univers restreint), mais l’investissement dans le processus d’encensement par contre, fut sans doute bien plus conséquent, surtout pour une sortie internationale aussi vrombissante.

Pour finir sur une note plus gaie, parlons des bons élèves. Sur cette génération de consoles portables, Imageepoch est le studio qui prend le plus de risques puisqu’il n’a travaillé sur aucun portage et a fourni 9 nouvelles licences, soit 5,17% d’entre elles. Tout en sachant que 159 développeurs étaient à l’œuvre sur cette génération portable. Sting non plus ne se débrouille pas mal avec un taux de réinvestissement de 1. Sachez en outre que sur DS, en moyenne, 2,4 jeux sont créés par développeur, tandis que ce chiffre est de 3,13 pour la PSP. Mais il n’y a pas que les nouvelles IP dans la vie, les remakes sur les supports portables apportent une plus-value certaine. Tentons par conséquent de décrypter ce qui, dans le hardware portable, a permis de faire décoller l’industrie du J-RPG.


20/07/2012
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