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Black Mirror, 1st Season : le raisonnement par l'extrême
Par Elincia, le 14/05/2013 à 05h51 (1199 vues)
Catégorie : Divers

Black Mirror. Le titre de la mini-série de Charlie Brooker annonce déjà la teneur pessimiste et froide des quelques épisodes de la première saison. Un miroir noir, reflet de nos instincts les plus bas, les plus pernicieux. Ici ce miroir c'est l'écran, objectivation ultime du courant technologique qui parcourt notre monde. Ce ne sont pas tant les objets qui sont pointées du doigt, que leurs utilisations déviantes. Brooker part en effet d'un postulat simple (et qui fut déjà prouvé d'innombrables fois par le passé) qui servira de fil rouge pour sa série : pour chaque innovation technique qui semble apporter un plus bénéfique à la société, il existe irrémédiablement un pendant néfaste et pervers qui émane de nos mauvais usages - de la même façon qu'une drogue. A partir de là, le scénariste va se servir du récit d'anticipation pour dénoncer des tendances bien réelles et actuelles, fortement ancrées dans notre quotidien. Le ton futuriste donné aux second et troisième épisodes n'est qu'un simple prétexte au final, il ne s'agit que de mieux appuyer son point de vue en raisonnant par l'extrême. Maintenant, ce qui est tout à fait intéressant c'est de décortiquer la teneur critique de chaque épisode et de déduire les parallèles avec le monde réel.

Le premier est le seul à se situer dans un cadre qui semble réel. Seulement le pitch, lui, est tout sauf plausible. Dans ces quarante-cinq minutes d'un délirium british savoureusement tragique, Brooker pousse à l'extrême le phénomène de l'influence vicieuse de l'engrenage du mass-media. On y trouve des facilités (la journaliste prête à donner son corps pour une information exclusive), des exagérations grotesques (un sondage tangible et représentatif d'une population en moins de deux heures), mais cette condensation n'est là que pour mieux faire prendre conscience de la présence de ces phénomènes dans notre vie de tous les jours. Jusqu'à quel point peut-on pousser le voyeurisme médiatique des chaines d'informations ? A quel moment entre en jeu le droit à la vie privée des personnes ? L'influence massive d'une population droguée à l'information labelisée Facebook ou Twitter qui possède un avis sur tout, sans en connaitre forcément les tenants et aboutissants, est-elle bien raisonnable ? N'existe-t-il plus de réserve dans la prise de parole ou de position ? La problématique de l'épisode est si bien menée, que l'on ne sait à son dénouement si l'on doit rire jaune, être gêné, consterné ou bien carrément couper le lecteur vidéo. On peut ne pas adhérer à la vision de Brooker en la jugeant trop caricaturale ou teintée d'un cynisme malhonnête. Toutefois force est de reconnaître un réel travail de mise en perspective de problématiques fortes à l'heure qu'il est dans le domaine de l'information, desquelles dépendent le comportement du citoyen. On peut même se plaire à croire que le modèle impertinent du journalisme, Edward Murrow, trottait dans la tête de notre cher ami lors de l'écriture de cet épisode.

Ce même Murrow qui disait en octobre 1958 lors d'un discours devant l'Association des Directeurs de l'Information de la Radio et de la Télévision "Durant les périodes d'affluence, la télévision dans son ensemble nous isole des réalités du monde dans lequel nous vivons. Si cet état de fait continue, nous pourrions reprendre à notre compte un slogan publicitaire en `regardez maintenant, payez plus tard`". Brooker se fait héritier de cet appel à civiliser la télévision, en en dénonçant les pires travers dans le second épisode. Dans un complexe sous-terrain isolé où se retrouvent tous les humains une fois leur majorité acquise, chaque geste se paye par une monnaie virtuelle glanée après des heures de vélo d'appartement. Les écrans et les murs se confondent, débitant un flot indécent et incessant de publicités. Critique est alors faite de nos systèmes toujours plus intrusifs, de la transformation de nos données personnelles en valeur commerciale ou encore de la déshumanisation des relations. Le seul moyen pour le héros de s'échapper de cette routine abrutissante, immatérielle et artificielle est d'intégrer le système. En devenant une star qui produit du contenu à visionner pour les hommes restés en bas, vous gagnez un ticket pour une prétendue liberté. Un des juges du jury (qui est de toute évidence une caricature d'X-Factor) est même présent pour recruter dans l'industrie du X. Dans cet épisode d'une heure, Brooker décortique les mécanismes cycliques et reproducteurs de la télé-réalité qui surpeuple nos écrans. Tout n'est qu'affaire de paraitre, bien sûr, mais l'écriture nous montre également comment ce système se joue des critiques et les tourne à son avantage pour étendre son emprise. Il semble presque inébranlable. Là cependant où Brooker est bien plus dur - encore une fois -, c'est envers le public, qu'il dépeint comme obéissant abrutissement au mouvement de foule et incapable d'une réelle prise de conscience même le nez mis dans la merde - en dépit de quelques réfractaires bien silencieux.

Enfin, le troisième épisode est de loin le plus intéressant, bien qu'il ne soit pas signé par Brooker. Le plot est simplissime au possible. Une petite invention a été créé, un mini disque dur qui s'implante dans le cerveau et permet de stocker ses souvenirs sous forme de vidéo, puis de pouvoir les ré-exploiter directement sur n'importe quel écran via télécommande à distance, tout comme un disque dur multimédia. Jesse Armstrong - qui s'était déjà brillamment illustré dans l'exercice de la satire sur We Are Four Lions - nous livre ici un rude questionnement sur le droit à l'oubli à l'heure où tout est enregistré, photographié, puis livré en pâture au réseau mondial dans les secondes qui suivent. Qu'en sera-t-il de vos anciennes conversations Facebook dans dix ou vingt ans ? L'internet garde une trace de chaque pas que vous faites dans l'univers numérique, et gare à celui qui changera d'avis politique, religieux ou même de sexualité, sous peine de devoir s'en expliquer. Peut-on se justifier d'écueils commis par une personne que nous considérons ne plus être ? En filigrane, on sent bien dans cet épisode la critique d'une résurgence omniprésente du passé dans la vie quotidienne actuelle, qui nous retient d'avancer et nous tire vers notre ancienne personne. Les jeunes se permettent d'être nostalgiques de leur album Facebook de photos du collège d'il y a quatre ans, alors qu'ils sont en ce moment même préoccupés par la construction de leur futur immédiat. Il n'existe ainsi plus de discontinuité dans la vie d'un individu, c'est un continuum ininterrompu. Le paradigme actuel voudrait alors que l'on ne soit dans sa vie qu'une seule et même personne, contrainte à l'uniformité. Ce dernier épisode est particulièrement bien mené dans son suspens et dans l'exploitation de son concept.

Au final, ce qui est fou avec Black Mirror, c'est la pluralité marquée et réussie des angles d'approches d'un même phénomène. Les concepts d'anticipation sont remarquablement bien construits et font chacun parfaitement le lien avec des problématiques actuelles bien distinctes, mais qui se rapportent toujours aux sociétés technologiques modernes. Chaque récit est également situé dans un univers propre, avec des codes limpides que l'on parvient à assimiler en un très court instant grâce à une mise en scène habile et ingénieuse. Bref, cette série transpire l'intelligence. Cependant son pessimisme et son cynisme noir d'enclume pourront en repousser plus d'un.


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2 commentaires
Elincia

le 14/05/2013
Merci ! Tu me fais peur pour la saison 2, je lis ça un peu partout en plus T.T
Morm

le 14/05/2013
Excellente critique !
J'ai complètement adoré cette série. et je ne peux que conseiller à tout le monde d'au moins tester un épisode.

En revanche, la saison 2 est moins intéressante imo, je trouve les idées moins bien trouvées et moins bien exploitées. Ça reste sympa, mais il manque ce petit truc qui m'a complètement scotché sur la première.
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