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Dossier

Love-De-Lic

Moon: Remix RPG Adventure

Lorsque Love-de-Lic sort Moon en 1997, tous les amateurs de Mother 2 y jettent un regard complice. C’est en effet ce qu’on faisait alors de plus proche, remettant sur le devant de la scène le meta-gaming. Du reste, même si Moon n’eut pas la même influence sur le genre ni les répercussions d’un Mother 2, il s’agit encore aujourd’hui d’un produit hors norme qui propose une belle réflexion sur le futur du jeu vidéo en tant qu’auto-référence. Moon est, comme son nom l’indique si judicieusement, un remix d’un RPG classique. Sauf que le point de vue est différent, puisqu’on ne joue pas le héros du RPG, mais un personnage lambda qui observera le véritable héros agir.

Moon pose la question de la place du joueur dès son prologue : l’écran-titre montre un joueur devant sa console (vous !) qui joue à Lambda RPG. En réalité il s’agit de Fake Moon, un RPG générique qui reprend tous les clichés de Dragon Quest ou Final Fantasy. Bien qu’en pleine partie, le joueur doit éteindre sa console car maman l’appel pour dîner. C’est alors qu’il est littéralement avalé par son RPG et qu’il tombe dans le monde réel de Moon, n’étant plus le joueur passif devant son écran mais devenant un véritable personnage du RPG.
Il s’agit d’un voyage dans un RPG mais à partir d’un autre point de vue. Le joueur joue un personnage invisible qui devra passer derrière le véritable héros pour réparer ses erreurs et aider la populace à réaliser ses rêves. Car si le véritable héros est le seul capable de sauver le monde (et encore, personne n’en est sûr), il dérange pas mal puisqu’il est impoli, qu’il se permet de rentrer chez les gens sans frapper à la porte, de laisser traîner par terre ses objets obsolètes et même de découper en rondelle la faune de Moon. Du coup, le joueur découvre que le héros d’un RPG c’est une plaie et que le monde ne tourne pas autour de lui. On remarquera en plus que toutes les capacités spéciales du héros, son épée géante, l’arc-en-ciel qui s’illumine quand il passe dans un endroit soi-disant magique, ne sont en vérité que des mécanismes que quelqu’un active au bon moment via diverses machines (la machine à créer des arcs-en-ciel magiques ?!). Moon nous plonge dans un univers qui tente et parvient à rationaliser le RPG.

Le joueur ne restera pas invisible bien longtemps, il fera la connaissance d'une grand-mère un peu sénile qui s'imagine être sa mère et qui laisse penser que le monde de Moon et le monde réel sont liés d'une manière ou d'une autre. C'est dans la maison de grand-mère que le joueur trouvera des habits permettant de le rendre visible, mais il y trouvera surtout un bon lit douillet dans lequel il devra se reposer à chaque fois que la fatigue viendra.
En effet, le jeu gère l'alternance jour/nuit, et au début le joueur se fatiguera vite et devra rallier son lit pour ne pas s'effondrer et disparaître. Cette jauge de fatigue très exigeante au départ sera très rapidement augmentée et le joueur pourra rester plus longtemps sans avoir l'obligation de rentrer dormir. Il pourra donc visiter beaucoup plus de lieux et avancer dans le jeu. D’autant que d’autres lieux pourront lui servir de repos. Pour améliorer cette jauge, il faut cependant obtenir des Love Points.
Dans Moon on ne gagne pas d'XP, il n’y a pas de levels up, mais on gagne des Love Points qui symbolisent l'amour, l'amitié avec les habitants, la compassion et la confiance qu'ils nous transmettent. Chaque personnage habitant l'univers de Moon a un rêve, quelque chose qui le fait saliver plus que tout au monde, et il faudra les aider à toucher du doigt ce souhait. Certains personnages ont des rêves coquets, trouver une petite amie, pécher un bon gros poisson, chanter dans un groupe, etc. ; des attentes variées, personnalisées, toujours touchantes mais pas toujours évidentes. On se retrouve alors dans un voyage émotionnel, tel un Legend of Mana assumé, et on se lie d'amitié avec le moindre villageois. Une fois le rêve d’un villageois accompli, on obtient ses Love Points qui s'ajouteront alors à la jauge de fatigue.
L'autre manière d'obtenir des Love Points est rocambolesque et tout à fait inattendue ! Il n'y a pas de combats dans Moon, puisque les ennemis sont déjà tous morts ! Le héros de Moon les a en effet déjà tous tranchés sur son chemin, sans pitié, et le rôle du joueur est de rassembler leurs âmes avec leurs corps. Les âmes sont encore vivaces, et alors que certaines sont faciles à attraper, d'autres seront plus sournoises et nécessiteront plus de malice de la part du joueur.
Il est donc clair que le joueur qui rétablira l'équilibre pépère du monde de Moon engrangera plus de Love Points et pourra alors profiter de plus de temps pour découvrir le monde. Passage indispensable, car au départ la jauge de fatigue nous paralyse très vite et on ne peut aller bien loin dans le village sans Love Points. Mais au fur et à mesure des quêtes résolues et des Love Points engrangés, on peut profiter de plusieurs jours sans rentrer dormir et le monde s'ouvre alors au joueur !

Moon est aussi un jeu frais, pur, innocent, bourré de bonnes pensées et d'idées ingénieuses. Moon fait preuve d'une finesse incroyable dans l'écriture des mini-quêtes et d'une justesse assez rare dans la manière dont sont tissés les liens de plus en plus affirmés entre le monde de Moon et le monde réel du joueur. On revit tous les grands moments du Fake Moon du début en suivant le héros du jeu, mais en comprenant tous les mécanismes qui font qu’un RPG est un RPG. Moon nous renvoie sans cesse à notre propre culture du jeu vidéo et se parodie lui-même pour nous pousser à réfléchir sur notre condition de joueur, et en réalité de simple spectateur.
Le soft est graphiquement somptueux, proposant une 2D réussie à l'esthétisme fait main plutôt remarquable. On est proche d'un Legend of Mana ou d'un Saga Frontier 2, mais dans une approche plus BD Franco-belge assez humoristique. Les environnements sont simples mais de qualité, et les personnages tous uniques et franchement bien dessinés sont pour la plupart doublés par des voix toon-esque, un gimmick qui mélange les sonorités et qui deviendra une marque de fabrique de Love-De-Lic, ce qui souligne l'ambition du titre.
Et cela se ressent aussi au niveau des musiques, puisque Love-De-Lic a fait appel à de vrais groupes de musiques indépendantes pour mettre en scène Moon. La bande-son est majoritairement signée par les « Thelonious Monkees ». Il s'agit d’un groupe d'avant-garde, qui mélange les sonorités Fluxus et contemporaines (le saxo atonal à la John Zorn, la basse qui sonne comme du Bill Laswell, les rythmiques funky à la guitare wahwah) à des ambiances plus contemplatives typées RPG. La présence d'instruments réels nous permet de parfaitement ressentir les rythmes funk qui côtoient les délicates envolées lyriques. D'ailleurs Moon justifie la bande-son pour rendre l'univers encore plus réaliste, puisque le joueur possède un lecteur MD (Moon Disc) qui permet de créer soi-même la playlist des lieux visités ! Authentique !
Jouer à Moon c’est poser un regard sur une route qui ne sera probablement plus jamais explorée.


31/01/2009
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