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Breath of Fire III
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Breath of Fire III![]() Le souffle glorieux du passé
Longtemps, j'ai aimé dire et penser du mal de la série Breath of Fire, vieux jalon de Capcom dans la paysage du RPG. Peu séduit (sinon par le quatrième épisode) au fil d'itérations semblant toutes se ressembler et proposant régulièrement des aventures ainsi que des combats classiques jusqu'à la caricature, je pensais bien avoir rangé définitivement les pérégrinations de Ryu dans les limbes du souvenir. Et pourtant, quelque chose m'a poussé à remettre sur le métier l'épisode honni : dans une version un peu plus rapide, n'était-il pas temps d'aller creuser dans un système de combats et de gestion plus complexe que ses apparences enfantines ne le laissait supposer ? Retour sur un RPG plus exigeant que frustant, qui récompense avant tout le beau jeu, la patience et l'intelligence. Le 60Hz dans votre pocheSans tomber dans le snobisme qui caractérisa parfois les années 90/2000, consistant à vanter les versions étrangères par distinction pure, Breath of Fire III fait partie des jeux dont le rythme initialement assez lent souffre particulièrement du léger ralentissement connu par les versions en 50HZ de l'époque. Il est par conséquent vivement conseillé de les éviter afin de ne pas rajouter un zeste de frustration qui aurait pour corrolaire une bonne sieste. La version PSP permet par ailleurs de manipuler ce bel objet, toujours très agréable en mains. Par-delà ces précisions, la version est identique à l'originale, sortie sur PSX dans les traces d'un Final Fantasy VII qui, rappelons-le, fit beaucoup de mal à toute concurrence incapable d'afficher d'impressionnantes cinématiques ou d'affolantes invocations. Breath of Fire III est toujours aussi minimaliste, mais nous allons voir que cette esthétique si particulière, parce qu'elle a disparu des radars, brille plutôt, rétrospectivement. Breath of Fire 3DLa sympathique PSX avait un estomac ridicule en comparaison des machines de guerre qui ont suivi et, si certains RPG sortis dans ses derniers jours (Final Fantasy IX, pour ne citer que lui) sont encore capables de ravir la rétine, une grande partie de sa ludothèque (et on ne pensera pas franchement aux RPGS en premier lieu) a vieilli assez vite. Breath of Fire III, peu engageant à l'époque, sinon par quelques sympathiques effets de lumières lors des affrontements, n'a pas connu les affres du temps. L'exploration en 3D presque libre (les concepteurs ont gentiment joué avec les perspectives pour cacher des objets ou des PNJ) semble aujourd'hui nous projeter dans une autre époque et a gagné en charme. Certes, les couleurs restent relativement ternes (et cela, finalement, se marie plutôt bien avec une intrigue régulièrement glauque) mais le chara-design est assez original pour gagner en consistance au fil des années.
Au contraire des épisodes précédents et de RPGs à grand spectacle qui mettaient un point d'honneur à utiliser un moteur différent pour les combats, Breath of Fire III campe, justement, sur cette représentation faussement mignonnette lors des affrontements qui ne donnent pas dans les grands effets. On reste dans le minimalisme... alors même que la difficulté du jeu peut s'avérer terrible pour quiconque ne prend pas le temps de comprendre les mécanismes de gestion des stats. C'est un piège ! Coeur de DragonRyu est le protagoniste principal de cet épisode (comme de tous les autres). Retrouvé au bas d'une mine où il s'est réveillé, il passe d'abord quelque temps avec de petits voyous, avant qu'un de leurs larcins ne les mettent aux prises avec une véritable entreprise mafieuse. De proche en proche, il rencontre la princesse Nina de Wyndia puis s'embarque dans une quête des origines sans aspérité particulière mais dont les rebondissements et l'extension spatiale permettent de maintenir le joueur en haleine. Cette trame a le mérite de donner le cadre à une aventure longue, riche en pays et en personnages, qui, en plus, grandissent au fil de l'épopée. On peut regretter les phases, assez nombreuses, durant lesquelles il n'est pas possible de revenir en arrière car cela heurte un peu le système de jeu fondé sur les maîtres (nous y reviendrons) mais il faut saluer, dans l'ensemble, la diversité et la richesse du monde proposé. Dans une veine assez classique, Breath of Fire III donne surtout de nombreuses occasions de visiter tel ou tel lieu pittoresque, d'aider tel ou tel personnage. On notera une ambiance particulièrement lourde à de nombreux égards, qui tranche avec l'aspect KikooLOL de la représentation graphique.
Nous ne nous attarderons pas sur la bande-son, peu mémorable bien qu'elle ne soit pas franchement mauvaise. La musique accompagne correctement (c'est-à-dire bizarrement) un monde aux couleurs délavées et au sein duquel les personnages à l'âme grise sont légion. Dragon PunchAu centre du jeu se trouvent évidemment les combats, dont le pinacle se situe dans les transformations en dragon que peut effectuer Ryu (du simple dragonnet au puissant Kaiser). Mais ce procédé n'est que l'arbre qui cache une forêt, que les jeunes joueurs de l'époque n'ont peut-être pas pris le temps d'explorer suffisamment. Les combats interviennent de façon aléatoire et proposent d'entrer les commandes de nos trois personnages avant que le tour ne se joue. C'est dans l'évolution des statistiques et dans l'apprentissage des compétences que Breath of Fire III brille. Chaque personnage gagne bien sûr des skills au fil des niveaux MAIS le nerf de la guerre, c'est de placer les membres de l'équipe sous le patronage d'un maître qui, en plus d'incliner le développement des statistiques, permettra au héros d'apprendre des skills. Et c'est là que l'on bâtit les machines de guerre nécessaires à une expérience fluide. Ajoutons à cela qu'une commande permet d'apprendre des compétences durant les combats auprès des ennemis... et qu'il est possible de répartir ensuite entre les combattants (via le menu) ces différents apprentissages. Bien austère sur le papier, la stratégie à long terme de Breath of Fire III est finalement très valorisante et c'est sans doute le point qui déterminera le plaisir de jeu, tant celui-ci peut s'avérer difficile et pauvre en dehors de cet aspect. On conseillera, à ce titre, aux joueurs de se munir d'un guide, au moins concernant les maîtres et les différents skills à apprendre.
Passé littéralement à côté de cet aspect exigeant de Breath of Fire III à la fin des années 1990, je n'en avais, ainsi, pas sucé la substantifique moelle. En prenant le temps de s'investir dans ce système malin, le joueur pénétrera davantage dans un univers qui rayonne alors par son côté organique, et aura en plus la satisfaction de poutrer l'essentiel du bestiaire. Attention, toutefois ! Breath of Fire III ne se révèle pas facile pour autant, et quelques séances de grind - surtout dans la ligne "droite" finale - sont nécessaires. Voilà donc un dragon qui, se bonifiant au fil des décennies, tend vers l'immortalité. Médiocre au point de vue visuel à sa sortie, Breath of Fire III en devient singulier, tandis que ses combats ont résisté au temps du fait de choix de gameplay engagés qui auraient pu à l'époque nous rebuter. Il s'est métamorphosé en un parfait représentant d'une époque qui invitait largement à flâner et proposait des aventures longues, peu guidées. L'intelligence et la patience du joueur sont récompensées : nous sommes, en quelque manière, tirés vers le haut. Il est donc temps de se pencher sur cet épisode avec un regard neuf et humble pour y voir, derrière son petit frère, il est vrai, un opus parfaitement digne.
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